Des Compagnons façonnent la charpente de Notre-Dame de Paris

En plus d’une expérience immersive, «Éternelle Notre-Dame», à La Défense, venez admirer la maquette au 1/20e de la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un chef d’œuvre réalisé par trois Compagnons du Tour de France pour mettre en lumière le savoir-faire et la transmission, propres à ce réseau de professionnels.

La charpente de Notre-Dame, chef d'œuvre au 1/20e

En attendant de voir la nouvelle charpente et la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris, il est possible de découvrir la célèbre forêt ou du moins sa reproduction au 1/20e grâce au talent de trois Compagnons charpentiers du Tour de France. La maquette fait l’objet d’une exposition itinérante en France. Avant le musée du Compagnonnage à Tours puis le Mobilier National, c’est actuellement dans le cadre de l’évènement immersif «Éternelle Notre-Dame» que les visiteurs peuvent admirer ce chef d’œuvre. «Cela représente 160 heures de travail rien que pour la charpente et la flèche», indique Yann Férotin, l’un des trois auteurs de cette maquette.

Armand Dumesnil, Valentin Pontarollo et Yann Férottin, les trois Compagnons, auteurs de la maquette reconstituant la charpente de Notre-Dame de Paris. (CDC)

L’aventure commence en avril 2019 pour Yann Férottin, Armand Dumesnil et Valentin Pontarollo, alors aspirants charpentiers (le grade avant de devenir Compagnon). «Nous devions travailler tous les trois sur un même projet, raconte Yann Férotin. Mais après l’incendie de Notre-Dame, Jean-Michel Hourcade, Compagnon charpentier au Pays basque, a eu l’idée de refaire la charpente de la cathédrale. On a tous approuvé car c’est une belle pièce qui parle à tout le monde!» À partir de photos et de cotations, les trois jeunes se lancent dans l’aventure et travaillent ensemble soirs et week-ends en se divisant le travail. Pour Armand Dumesnil et Valentin Pontarollo ce sera la charpente, Yann Férottin se charge de la flèche. Quand les premiers travaillent «avec une méthode de dessin traditionnelle», le second utilise la modélisation 3D sur ordinateur.

Réalisée en bois de chêne, la maquette au 1/20e, a nécessité 160 heures de travail. (Compagnons du Tour de France)

« Ce n’est pas une reproduction à l’identique de la charpente, car elle a été construite et reprise en plusieurs fois, avec plusieurs styles, précise Yann Férottin. Nous avons choisi une conception la plus logique à nos yeux, inspirée de ce qu’avait réalisé Viollet-le-Duc.» Au XIXe siècle, l’architecte avait entrepris un vaste chantier de restauration de la cathédrale, imaginant même des gargouilles ou statues qui n’existaient pas au Moyen-Âge. La célèbre flèche, effondrée durant l’incendie, est aussi de sa main. La réalisation de cette maquette, en bois de chêne évidemment, se veut un manifeste du savoir-faire des ces artisans organisés dans un réseau très solidaire et qui maille toute la France ou presque.

Maquette de la charpente et de la flèche de Notre-Dame de Paris réalisée par les Compagnons du Tour de France et présentée lors de l’exposition «Éternelle Notre-Dame». (CDC)

Le compagnonnage

Pour chaque étape de leur travail, les trois futurs Compagnons ont bénéficié des conseils et de l’aide de leurs aînés, car c’est ainsi que fonctionne cette confrérie. Sur ce seul projet de maquette, une dizaine de Compagnons apporte sa contribution : de la peinture des murs entourant les voûtes à la réalisation du petit coq de métal au sommet de la flèche en passant par la réalisation du support d’exposition. « Le compagnonnage est un moyen de transmettre le savoir aux jeunes qui sont sur le Tour de France, indique Yann Férottin. Cela permet aussi de s’ouvrir l’esprit aux générations d’avant et d’après ! » Grâce au Tour de France, les jeunes Compagnons découvrent aussi le métier tout en parcourant le pays. «C’est intéressant de voir les différentes méthodes. Pour la charpente ou la couverture, il y a des méthodes propres à chaque région, après cela, on arrive à s’inspirer de ce que l’on a vu pour en garder le meilleur. »

Une fois reçus, après la présentation de leur chef d’œuvre, les Compagnons arborent une écharpe de couleur, différente selon leur société (CDC)

Après la réalisation de cette maquette, les trois jeunes gens ont été reçus Compagnons charpentiers. Durant deux ans, ils ont ensuite entamé une nouvelle étape de leur carrière pour, à leur tour, transmettre leur savoir en encadrant leurs futurs confrères lors des cours du soir et du week-end. «Je viens de terminer ces deux années, raconte Yann Férottin. Pour le moment je suis encore en entreprise, ensuite je verrai si je m’attache dans une ville ou une autre. Et puis, on suit toujours les compagnons, même d’un peu plus loin.»

Les compagnons à l'œuvre pour le patrimoine

S’il est probable que des Compagnons seront à l’œuvre sur le chantier de la charpente (la grande) de Notre-Dame de Paris quand sa reconstruction sera effectivement entamée, ce n’est pas la première fois que des Compagnons travaillent sur des chantiers historiques ou de restauration du patrimoine. En prévision des Jeux Olympiques 2024, les façades et les toitures de l’hôtel des Invalides (qui accueillera les épreuves de tir à l’arc) sont en cours de rénovation. Sous la houlette de Samuel Laval, Compagnon couvreur zingueur, une équipe de huit ouvriers, dont un jeune aspirant et deux apprentis, travaille actuellement à remplacer les anciennes ardoises et poser un nouveau chéneau en cuivre.

Comme la charpente d’origine, celle de la maquette est réalisée en bois de chêne. (CDC)

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