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Notre Dame du Bon Conseil (Paris 18e) – Début du chantier de restauration des vitraux

En 2022, ce projet de restauration a été Lauréat du Grand Prix Pèlerin du Patrimoine financé par les Chantiers du Cardinal. En juin 2026, les deux premiers vitraux à droite de la nef ont été déposés et vont être restaurés pour en révéler toute la beauté.

Echafaudage près d'un vitrail de Notre Dame du Bon Conseil

Dépose de 2 baies de vitraux de Notre Dame du Bon Conseil

Ce matin de juin 2026, une agitation inhabituelle règne dans cette modeste église du quartier de Clignancourt à Paris. En effet, les travaux de restauration des vitraux, longtemps attendus, commencent. Emma Groult, maître-verrier, et trois membres de l’atelier Muranése qu’elle dirige, se préparent. Dûment casquées et équipées de combinaison ad hoc, les artistes s’apprêtent à escalader les échafaudages et à entamer la dépose des verrières.
Caroline Morizot, responsable de la conservation et de l’inventaire à la Commission Diocésaine d’Art Sacré de Paris, a porté le dossier du sauvetage de ces treize vitraux qui magnifient l’église. Elle assiste au lancement du chantier avec le Père Jean-Luc Papet, curé de la paroisse qui se félicite de cette intervention.

Un chef d’œuvre méconnu

L’église a été construite sur les lieux d’une petite chapelle fondée à la fin du XIXème siècle par les religieux de Saint-Vincent-de-Paul, pour répondre à l’appel du curé de Notre-Dame de Clignancourt en faveur de la population ouvrière très pauvre du quartier. L’église présente un plan simple, une nef unique, et une décoration minimale. A l’origine il n’y avait pas de vitraux pour orner et éclairer l’église. Même aujourd’hui, pour reprendre les termes de Caroline Morizot, « les lieux n’en font pas, à première vue, un chef-d’œuvre de l’architecture sacrée parisienne. »

8 vitraux de Notre Dame du Bon Conseil

8 des 13 baies réalisés par les Ateliers Mauméjean pour Notre Dame du Bon Conseil

Pourtant, l’église abrite un ensemble exceptionnel de vitraux. Il a été commandé et financé par les paroissiens dans les années 1930. C’est la célèbre maison Mauméjean, de renommée internationale, qui a été chargée de la réalisation de presque toutes les baies. Fondée en 1868 à Pau par Jules Mauméjean, leur père, Léon et Charles, dit Carl, deux des quatre enfants de Jules, tous verriers, ont créé les verrières que l’on peut voir aujourd’hui.
Les trois vitraux du chœur avec, Notre-Dame du Bon Conseil (au centre), Notre-Dame de Lourdes (à droite) et Notre-Dame de la Salette (à gauche), sont de la main du fondateur de la dynastie Mauméjean. Avec le vitrail de la Vierge de la Médaille miraculeuse, le premier à gauche dans la nef, ce sont les quatre vitraux d’origine. Tous les autres, sauf un datant de 1936, sont postérieurs à la deuxième guerre mondiale. Ils remplacent ceux qui ont été soufflés lors d’un violent bombardement allié sur la gare de triage de La Chapelle, les 20 et 21 avril 1944, non loin de l’église.

Immeubles bombardés et détruits dans le quartier de Notre Dame du Bon Conseil

Le quartier de Notre Dame du Bon Conseil après les bombardements d’avril 1944 (©DR)

Illustrer l’histoire de la paroisse

Très attachés à leur paroisse et à ces vitraux, les fidèles de Notre-Dame du Bon Conseil se réjouissent de voir restaurer cet ensemble verrier dont le programme a été confectionné sur mesure pour l’église. On remarque en particulier les vitraux les plus originaux qui font référence à l’histoire de l’église et du quartier. Ainsi, le deuxième vitrail à gauche dans la nef représente Saint-Vincent-de-Paul et des dames de la haute société qui lui apportent de l’argent pour ses œuvres.
En effet, en 1897, les religieux de Saint-Vincent-de-Paul qui ont créé le patronage toujours actif aujourd’hui, ont reçu une somme considérable d’une bienfaitrice : la baronne de Monin. Son don a permis d’acheter un terrain, de construire une chapelle et les bâtiments nécessaires à leur action.
Quant au quatrième vitrail à droite de la nef, il est à la fois un hommage aux soldats morts à la guerre de 1940-1945 que la Vierge accueille à bras ouverts et l’expression de la reconnaissance des paroissiens à la Vierge qui a épargné les habitants et protégé l’église représentée au bas du vitrail, intacte au milieu de maisons en flammes.

Vitrail Notre Dame du Bon Conseil

Vitrail du Bon Conseil à Paris. À gauche, la partie haute montre la Vierge accueillant les soldats. A droite, la partie basse représente le bombardement de l’église en 1944 (©CDAS Paris)

Des vitraux dans un état alarmant

Apparemment, les vitraux semblent en bon état. Les problèmes nombreux qui affectent les verrières sont peu visibles. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, des lacunes et cassures sont présentes partout. « Il faut savoir, rappelle Caroline Morizot, que depuis leur construction, aucun vitrail n’a jamais fait l’objet d’une restauration. Seuls quelques modestes rafistolages ont permis de les maintenir en état jusqu’à aujourd’hui. Le réseau de plomb, qui est comme la colonne vertébrale des vitraux, n’a jamais été changé. Or le plomb est sensible à l’humidité, la pluie, la grêle… Aujourd’hui, il n’assure plus sa fonction d’étanchéité et de maintien. Ainsi, çà et là, des morceaux de verre commencent à se déchausser. Beaucoup de vitraux ne sont plus droits… Au fil des années, des trous ont été comblés bon gré mal gré mais aucune restauration digne de ce nom n’a jamais été réalisée ». C’est donc avec bonheur et soulagement en raison de l’urgence que l’arrivée de professionnels est saluée.

Une restauration entre de bonnes mains

Les travaux commencent avec la dépose des deux premières verrières à droite de la nef sous la direction d’Emma Groult, maître-verrier, qui s’émerveille : « La dualité de ce matériau est fascinante, chaud et froid, malléable et cassant. » Experte reconnue, elle a acquis une solide formation : « J’ai intégré une école de création, l’ENSAAMA, École nationale supérieure des arts appliqués. Puis, j’ai fait une spécialisation en restauration du patrimoine à l’université Panthéon-Sorbonne. Nous sommes actuellement environ 15 maître-verriers habilités d’État en France ».

Emma Groult, restauratrice des vitraux de Notre Dame du Bon Conseil

Emma Groult (©LP/Jean-Baptiste Quentin)

L’excellence de son travail a été maintes fois récompensée. Par exemple, en 2014 avec le Grand Prix Pèlerin du Patrimoine, en 2016, avec le Coup de Cœur du Jury aux Trophées MNRA lors des Artisanales de Chartres, et plus récemment, en 2022, avec le Prix des Artisanes du magazine « Elle », en reconnaissance de son rôle dans la restauration de Notre-Dame de Paris.

Pour Emma Groult, « il n’y a pas de petit chantier. » Celle qui est intervenue notamment sur la basilique Saint-Denis, mais aussi à la cathédrale de Chartres ou à la Sainte-Chapelle ainsi qu’en 2019 , juste après l’incendie de Notre-Dame de Paris, en coordonnant un groupement de sept ateliers pour la sécurisation des vitraux, s’attaque avec enthousiasme au chantier de Notre-Dame du Bon Conseil où elle voit « un ensemble exceptionnel » auquel redonner son éclat.

Première étape de restauration

La dépose du premier vitrail s’avère délicate. Le diagnostic préalable a révélé plusieurs faiblesses et manques. L’œuvre de Carl Mauméjean représente Jésus à Nazareth, adolescent au travail avec son père, tous deux vêtus de rouge tandis que Marie, en bleu, est assise à proximité. Une réparation malheureuse a effacé les deux tiers du bandeau où était sans doute inscrit cette phrase des saintes écritures : « A Nazareth, il était soumis à ses parents ».

Vitrail de la Sainte Famille de Notre Dame du Bon Conseil

Vitrail de la Sainte Famille (©CDAS Paris)

L’équipe de restauration se place de part et d’autre du vitrail, et depuis l’échafaudage manie marteau et burin pour détacher le vitrail de la maçonnerie. Les morceaux de verre qui tombent sont soigneusement récupérés, des fragments encore tenus par le plomb se plient presque en accordéon. Chaque panneau est minutieusement remis à plat pour être emporté à l’atelier où il fera l’objet de différentes opérations selon ses caractéristiques uniques et les besoins identifiés : dépiquage et repiquage du verre, nettoyage, dessertissage total ou partiel de la résille de plomb, repose complète ou partielle en plomb, collage optique du verre pour les fractures, consolidation des peintures originales, réintégration colorée des zones manquantes.

Détail du vitrail de la Crucifixion de Notre Dame du Bon Conseil

Détail du vitrail de la Crucifixion

Le deuxième vitrail à bénéficier de la première phase de restauration, jouxtant le premier, est aussi une œuvre de Carl Mauméjean et donne à voir la Crucifixion. Ce vitrail a été rafistolé grossièrement. Même les non-spécialistes peuvent voir que le torse du Christ est fait d’un verre rosâtre, véritable bouche-trou dont la texture et la couleur diffèrent complètement du reste de son corps. Comme les autres pièces, ce vitrail va être soumis à un traitement attentif.

Un travail long pour une œuvre unique

Après cette première étape, les vitraux suivants vont être déposés, deux par deux, restaurés et réinstallés avec la contribution des Chantiers du Cardinal qui vont accompagner la restauration de l’ensemble à son terme et permettre d’offrir aux paroissiens un nouveau visage de leur église.
Impossible encore de connaître la durée des travaux tant la restauration de vitraux représente un chantier colossal. Au sein de l’atelier du maître-verrier, chaque morceau de verre est examiné, nettoyé, recollé si besoin…
Un travail de précision qui permettra à l’église d’abriter encore longtemps, ce témoignage artistique et religieux de la vie du quartier et de celle de la Vierge Marie.

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