Le musée, une histoire mondiale de Krzysztof Pomian

Jamais n’avait été écrite une histoire mondiale des musées, à la fois politique, sociale et culturelle. Krzysztof Pomian a consacré trente ans de sa vie à « ces temples de la mémoire ». Le premier tome de son œuvre vient de paraître chez Gallimard. On peut y lire l’importance toute particulière que les objets religieux ont, de tous temps, pris dans les collections.

À l'origine des musées

Musée, un terme qui évoque un lieu profane, un lieu séculier et ouvert à tous. Et pourtant, c’est un pape qui serait à l’origine du terme « museo ». Nous sommes en 1471. Sixte IV fait don de la collection d’antiques qui appartenaient à la papauté depuis des siècles. Krzysztof Pomian raconte qu’un « groupe de statues anciennes en bronze est installé au Capitole, dans le palais des Conservateurs, siège des autorités municipales de Rome. Il s’y trouvait notamment la Louve, emblème de la Ville ». Il ne s’agissait pas alors d’un geste altruiste mais bien politique. « Son trésor étaient constitué d’objets d’origine païenne qui servaient de symboles du pouvoir. Ils avaient donc un caractère séculier. Leur transfert à la municipalité de Rome avait pour but de lui montrer que le pape la tenait pour partenaire ».

Une œuvre de trente ans

Krzysztof Pomian a consacré trente de sa vie à écrire Le musée, une histoire mondiale. À 86 ans, il vient de publier chez Gallimard (collection Bibliothèque illustrée des histoires) le premier tome intitulé « Du trésor au musée ». Deux autres paraîtront en 2021 : « L’ancrage européen I 1789 -1851 » puis  « À la conquête du Monde I de 1851 à nos jours ».

Krzysztof Pomian publie une « Histoire des musées » (Photo Francesca Mantovani – éditions Gallimard)

 Un ouvrage richement illustré

Ce volume ponctué d’illustrations et de références aborde l’histoire des musées depuis les trésors amassés des villes grecques jusqu’à l’époque des Lumières. Le chapitre III s’intitule « L’or et la grâce » et rappelle l’importance des trésors ecclésiastiques depuis les temps paléochrétiens. « Partout, ces trésors matérialisent la foi ; tout comme les bâtiments destinés au culte, ils sont la preuve de la détermination des fidèles à sacrifier leurs biens terrestres pour la plus grande gloire de Dieu et de son Église ».

Nombreux sont les évêques et les moines qui ont accumulés des trésors. Krzysztof Pomian consacre plusieurs pages à l’abbé Suger, à l’origine de la basilique de Saint-Denys, qui, écrit-il « conduit une véritable campagne d’acquisitions. » Le prélat avait accumulé un trésor d’or, d’argent, de perles et de pierres précieuses nécessaires à la décoration de l’église selon « un véritable programme décoratif ». L’abbé parle, rappelle l’auteur, de la « délicatesse raffinée de l’art des orfèvres » ou de la « main exquise de nombreux maîtres» verriers. Quand Suger exprime ce qui lui «tient particulièrement à cœur : que les objets de plus grande valeur, les plus précieux, doivent avant tout servir à l’administration de la très sainte Eucharistie».

Nicolas Guérard, Trésor de Saint-Denys, 1706. Gravure illustrant L’Histoire de l’abbaye royale de Saint-Denys en France […] de Dom Michel Félibien.
Bibliothèque nationale de France, Paris. Photo © BnF.

Le caractère étrange du lieu

Dès que le principe d’un musée a vu le jour, le lieu était public. « Mais, précise Krzysztof Pomian, c’était un public très limité. C’est seulement au XIXe siècle que le musée se démocratise. Il adapte ses horaires de manière à être accessible aux travailleurs et abandonne toute forme de discrimination vis-à-vis des visiteurs ».

L’auteur rappelle en introduction le caractère étrange du musée, « lieu à la fois inutile et indispensable ». L’auteur ne saurait chiffrer la part des œuvres religieuses qui s’y trouve mais estime qu’elle est très importante, surtout dit-il, si l’on pense non seulement à la religion chrétienne mais aussi à toutes les autres. « Cela n’a rien d’étonnant, souligne-t-il, car une grande partie de la production artistique était dans le passé destinée aux lieux de culte qui parfois ne se laissaient pas distinguer des lieux du pouvoir ».

Inventoire general de tous les joyaulx […] tant d’or comme d’argent […] du roy Charles le Quint […] commancé le XXIme jour de janvier l’an mil troys cens soixante dix neuf,
1401-1500, miniature sur vélin, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Paris. Photo © Bnf.

La place des objets liturgiques

On peut se demander si les œuvres, destinées à l’origine au culte ont vraiment leur place dans les musées ou si elles n’auraient pas dû rester dans les églises. « Non, affirme l’auteur, surtout dans la mesure où l’entretien de celles-ci et la préservation des œuvres qu’elles contiennent sont devenus difficiles. Or, ces œuvres ont une valeur aussi pour les non-croyants ; elles rendent visible un lien avec le passé ».

Il est vrai que les objets liturgiques perdent dans les musées leur finalité originaire et leur caractère sacré chrétien (ou religieux en général). Et il est vrai que c’est un détournement de l’intention de leurs auteurs. Mais, cela s’applique non seulement aux objets liturgiques mais aussi aux armes ou aux instruments de toute sorte qui ont été fabriqués pour être utilisés et non pas pour être exposés au musée.

Toutefois, tous ces objets acquièrent de ce fait une sorte de sacralité séculière qui s’exprime dans la protection qu’on leur accorde et dans leur exposition au regard des visiteurs.

Infos pratiques

Histoire des musées, Krzysztof Pomian (ed. Gallimard)

Le musée, une histoire mondiale. Tome 1 Du trésor au musée. Collection Bibliothèque illustrée des histoires. Krzysztof Pomian. Editions Gallimard. 35€

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