
La maison fraternelle Saint Pascal Baylon
Le projet de la maison fraternelle vient d’une intuition de Mgr Blanchet, évêque de Créteil : organiser l’espace de cette maison paroissiale, anciennement peu occupée, pour tous les organismes et services impliqués dans la solidarité dans le diocèse. En effet, ce bâtiment portant le nom de Maison Paroissiale, situé à deux pas de l’église, avait les volets clos la plupart du temps. Le CCFD y stockait ces documents de campagne de carême et ses affiches et tenait des réunions, on y organisait les vêpres le mercredi soir, la permanence de la paroisse le samedi….
L'évolution du projet
Au bout d’un an, un premier projet propose une transformation très importante de la maison. L’idée ambitieuse étant de réunir tous les services diocésains de la solidarité dans un même lieu pour qu’ils vivent ensemble, qu’ils coordonnent leurs actions et événements avec un calendrier commun, qu’ils partagent des ressources. Mais ce lieu n’est pas assez bien desservi par les transports pour en faire une maison centrale pour tout le diocèse.
Ainsi, s’est réfléchi un projet de proximité de quartier élargi. C’est ce projet qui prend forme grâce aux travaux en cours pour aménager ce lieu comme un signe fort de solidarité pour son environnement. Dès janvier 2024 et avant que ne commencent les travaux, a ouvert le café solidaire chaque samedi matin. Cela a bien fonctionné et le projet a encore évolué pour répondre aux attentes des bénéficiaires, avec la solidarité de proximité comme point de départ.

Au café solidaire, tout commence par l’accueil et la rencontre des gens du quartier.
Le lieu, les bénévoles et l'accueil
L’endroit a pour vocation d’accueillir les personnes du quartier, y sera présent le Secours catholique de la ville de Créteil.
« Le café solidaire représente pour moi un peu l’esprit dans lequel on a voulu cette maison c’est-à-dire une contribution de plusieurs services pour maintenir le café ouvert tous les samedis : la pastorale des migrants, la pastorale des gens du voyage, la pastorale des quartiers populaires, la diaconie des Rroms et aussi, des paroissiens ou des voisins. L’objectif est d’avoir des bénévoles le samedi matin pour assurer les trois heures de présence afin d’accueillir les personnes, » explique frère Dominique, capucin dont la communauté réside à l’étage en dessous de la Maison Fraternelle.
Sylvie Leboucher, de la diaconie des Rroms, partage avec Fr. Dominique la mise en place et le fonctionnement de la Maison avec le concours d’une trentaine de bénévoles.
« Le dimanche soir, j’envoie un mail à tous les bénévoles pour les quatre samedis suivants, en vue d’avoir au moins deux bénévoles par samedi. Chacun s’inscrit à la fréquence qu’il veut. Depuis janvier 2024, on a assuré 100% des samedis, juillet et août compris ».

La Maison Fraternelle ouvre ses portes et ses bras aux personnes du quartier, grâce à des bénévoles.
Un esprit de famille
Les personnes qui bénéficient de cet accueil arrivent à partir de 9h00, comme elles veulent.
« L’idée est de créer une ambiance de famille recomposée. Ils sont nos frères et sœurs, même s’ils ne partagent pas tous la foi catholique » commente Sylvie Leboucher. « Un jour, le samedi était le jour de l’anniversaire de deux d’entre eux. On le leur a fêté ensemble. Ensuite, on a décidé de fêter les anniversaires à la Maison Fraternelle par un repas tous les deux ou trois mois ». Ce lundi de Pâques, il y avait six anniversaires à fêter. Chacun souffle ses bougies et reçoit un tout petit cadeau. Beaucoup n’en ont pas reçu depuis bien longtemps…
« On marque les temps liturgiques aussi : la Toussaint, Noël, Pâques. Depuis deux ans, le début du ramadan et du Carême coïncident, le diacre en charge des relations avec l’Islam nous a fait réfléchir sur l’aumône dans les différentes religions, puis sur l’espérance… »
Pendant la durée des travaux, les activités de la Maison fraternelle sont hébergées dans une Maison de Quartier, signe de la qualité du respect mutuel.

Fêter son anniversaire avec des amis ou bien partager un repas de Noël ensemble, avec les bénévoles : c’est possible à la Maison Fraternelle.
Un témoin lumineux
Fernando a les yeux qui pétillent et le sourire joyeux lorsqu’il prend la parole. « Moi, ça fait environ un an que j’ai commencé à venir au Café, sur le conseil d’un ami. Petit à petit, je suis rentré dans une démarche musicale. A la base, je suis musicien et il y a Sandrine, une bénévole de Saint-Vincent de Paul, qui a proposé d’animer le café avec de la musique. Petit à petit, on a monté un atelier musique le samedi matin, en recrutant d’autres musiciens, » témoigne-t-il. Fernando et les autres musiciens sont aussi allés animer l’après-midi à l’hôpital Emile Roux, ainsi que dans l’église de Saint-Maur, accompagnés par Sandrine.
« Au mois de Novembre, pour le Jubilé des Pauvres, nous sommes allés à Rome avec l’association Fratello. J’étais tellement fier et heureux de jouer de la guitare place Saint-Pierre, en présence du Pape, avec tous les autres guitaristes ! » s’exclame Fernando.
Sylvie Leboucher ajoute qu’un groupe est aussi allé à Lourdes dans le cadre du « Voyage de l’Espérance », ouvert à tous ceux qui sont dans une situation plus ou moins précaire ou en recherche spirituelle. « Je suis vraiment à fond, pour offrir de la musique mais plus encore, être avec des gens qui sont mes « frères et sœurs ». Et pourquoi pas aussi, leur apprendre la musique ? » ajoute Fernando, enthousiaste. (à droite sur la photo ci-dessous)

Fernando anime un atelier musical où chacun, confirmé ou débutant, est le bienvenu.
Le sens de l'accueil
Frère Dominique raconte : « Quelquefois on s’installait à l’extérieur, ce qui permettait d’avoir des contacts très simples avec les passants. L’été 2025, comme il y avait déjà le chantier, on s’est mis dans notre cour. C’était bien agréable, tout le monde appréciait l’ombre, le jardin avec la statue de saint François. On a un bénéficiaire du café qui a créé un potager dans le jardin. Depuis la rentrée, on se réunit à la Maison Pour Tous, qui nous accueille bien volontiers, » se réjouit Frère Dominique. Les personnes accueillies semblent apprécier la Maison fraternelle. « C’est leur maison. Au-delà de la famille recomposée, il y a aussi la notion du chez nous ».
Autre découverte de Fr. Dominique et de Sylvie Leboucher : « Quand on a démarré, on était plutôt dans l’idée de préparer le café, de mettre la table, de faire la vaisselle pour eux. On s’est vite aperçu que c’était les personnes accueillies qui le faisaient elles-mêmes. Pour le plaisir de faire la vaisselle, balayer, ranger, bref, pour se sentir utiles. Quand frère Dominique ouvre sa cuisine pour préparer un des repas, les accueillis aiment faire la cuisine pour nous. Parce que c’est aussi la maison qu’ils n’ont pas. Et nous les laissons faire, ils sont heureux aussi de rendre service. » Il y a un partage, tout le monde s’y met selon ses possibilités.
« Depuis que je viens, j’aime l’ambiance et l’esprit. Je me sens comme à la maison » dit Fernando avec un beau sourire.

Après les travaux
Au sein de la Maison fraternelle Saint Pascal Baylon, les pièces seront dédiées à diverses activités : celle du Secours Catholique, avec notamment la domiciliation, le courrier, la buanderie et les sanitaires, le secrétariat de la paroisse et les activités du café solidaire. Et au cours de l’année prochaine, l’équipe du Voyage de l’Espérance pourra aussi s’y réunir pour sa préparation avec les bénéficiaires. Certains bureaux seront polyvalents pour servir à divers utilisateurs, d’autres seront réservés au Secours catholique.
Frère Dominique et Sylvie Leboucher sont co-responsables du premier niveau. Pour l’instant la destination des pièces du premier étage n’est pas encore définie. La lettre de mission de Fr.Dominique est centrée sur la présence au quartier, celle de Sylvie comprend l’accompagnement des projets d’autres maisons fraternelles dans le Diocèse, à partir de cette première expérience.

La future grande salle en cours de rénovation : le projet avance bien !
La rencontre et la célébration
La présence est un atout majeur de cette Maison. C’est la valeur de ce lieu : permettre de faire se rencontrer des gens qui autrement se seraient juste croisés dans la rue, sans vivre la rencontre. « La proximité de l’église Saint-Pascal-Baylon, permet lors de la messe mensuelle d’accueillir ceux de la Maison Fraternelle qui veulent y assister. Chaque 17 mai, jour de la fête de Saint Pascal Baylon, la messe est animée par la Pastorale des Gens du voyage, » souligne Sylvie Leboucher. Cette année, cette fête se prolongera par un temps d’échange sur la lettre pastorale publiée par l’évêque en janvier 2026. Ensuite, un dîner partagé réunira tout le monde.

De gauche à droite : Sylvie Leboucher, Frère Dominique et Fernando que nous avons rencontrés pour écrire cet article.
Une générosité vivante
Le fonctionnement du café solidaire est estimé à 30€ par semaine, grâce à la générosité des participants, accueillants et accueillis. Il y a ceux qui arrivent avec des gâteaux, un paquet de madeleines, un paquet de café. Il y a aussi des gens qui donnent de leur temps, partagent leurs talents, leur écoute…
Sylvie Leboucher raconte cette anecdote : « On avait un boulanger qui nous donnait le pain non vendu du vendredi pour le café du samedi matin. Un jour, une de nos « invitées » a déclaré qu’ils avaient tous droit à du pain frais, pourquoi du pain rassis pour nous ? Et du coup, on a pris l’habitude d’acheter du pain frais. Je trouve cela assez extraordinaire : elle se sentait comme à la maison, elle a parlé un peu comme un enfant parlerait à ses parents, en confiance. Cela m’a touchée. C’était une réfugiée qui depuis, est repartie dans son pays. Frère Dominique continue d’aller chercher du pain frais le samedi matin ! »
Entre les bénéficiaires, il y a aussi de la générosité. « C’est extrêmement précieux. Quelqu’un apporte un papier administratif qu’il ne comprend pas au café solidaire pour avoir des conseils. En fait, on déjà a tissé la trame de ce que la maison va devenir. Nous allons grandir tous ensemble dans cette Maison Fraternelle ! » souligne Frère Dominique.
