Goussainville: début de la restauration des vitraux sur le toit de l’église

Le chantier de restauration des vitraux du toit de l’église Saint-Michel à Goussainville (95) commence dans quelques semaines. Cette grande verrière laisse passer l’eau de pluie. Une intervention est donc nécessaire pour la remettre en état et préserver cette réalisation, l’œuvre d’un couple réputé dans l’art du vitrail à la fin du XXe siècle : Mireille et Jacques Juteau.

Le vitrail du toit prend l'eau

église Saint Michel Goussainville

L’église Saint-Michel de Goussainville, date de 1955. (CDC)

C’est l’une des seules sources de lumière naturelle dans le chœur de l’église. Mais pour le moment, le vitrail installé sur le toit de Saint-Michel de Goussainville (95) est recouvert d’une bâche et ne laisse pas passer le soleil. C’est plutôt l’eau du ciel qui tombe. « Il pleut sur les servants d’autel ! » raconte l’abbé Jean-Baptiste Armnius, le curé de cette paroisse du diocèse de Pontoise. Le vitrail réalisé avec la technique de la dalle de verre (le verre est inséré dans une résille de ciment) est mal en point. Des morceaux sont déjà tombés dans l’église. Depuis, un filet de protection a été installé à l’intérieur. Dehors, sur le toit en ardoises, une bâche masque depuis plusieurs années ce vitrail coloré. Aujourd’hui, il devient urgent pour la paroisse de faire procéder à sa restauration. La plaque de protection en verre transparent, posée quelques années après son installation, ne remplit plus son office. L’eau coule partout, dégradant non seulement le vitrail mais aussi la toiture.

« Ces travaux étaient programmés depuis longtemps, précise l’abbé Armnius, arrivé dans cette paroisse il y a tout juste trois ans. Mais nous avons retardé ce chantier pour nous consacrer à un autre : le changement du chauffage au fioul par un système à air pulsé. » Pour ces travaux, il a fallu ouvrir une trémie – un espace dans le plancher – de l’église pour faire passer le nouveau générateur. « Nous avions peur de l’impact sur les murs ou la verrière, nous avons préféré attendre. » Cet hiver, l’église est chauffée, la paroisse lève donc les yeux vers la toiture pour reprendre le chantier sur la verrière. Et profite aussi pour faire remplacer quelques ardoises cassées.

[VOIR] Le projet de rénovation de l’église

L'œuvre d'un couple d'artistes

Pour restaurer le vitrail, c’est une autre entreprise de Chartres qui montera sur le toit de l’église : les Ateliers Loire. Les travaux commencent dans les prochains jours, ils sont supervisés par l’architecte Philippe Roux. Il s’agit non seulement de restaurer le vitrail et les joints de ciment, mais aussi de revoir l’étanchéité de l’élément avec la toiture. Enfin, une nouvelle plaque de protection sera posée à l’extérieur pour éviter que la pluie et le vent abîment à nouveau la verrière. Pour ce projet, les Chantiers du Cardinal sont sollicités à hauteur de 120 000 euros. Une aide avait déjà été apportée en 2014 pour restaurer l’électricité de l’église ainsi que la toiture.

intervention retrait bache de protection

Le vitrail sur le toit de l’église, protégé par une bâche avant l’intervention des Ateliers Loire. (CDC)

« Certains paroissiens un peu âgés se souviennent de la construction de cette église, rappelle l’abbé Armnius, et de ce vitrail réalisé par ces artistes. Aujourd’hui, les spécialistes reconnaissent qu’on n’installerait pas une telle surface sur un toit aussi pentu et exposé aux intempéries… » Pas question pour autant d’ôter entièrement le vitrail pour le remplacer par des ardoises. La verrière apporte de la lumière, indispensable « dans cette église qui est très sombre. »

Le vitrail de la toiture, comme ceux insérés en façades et sur les bas côtés, sont l’œuvre d’un couple d’artistes, Mireille et Jacques Juteau. Dans les années 1970, Jacques Juteau reprend avec un ami les Ateliers Lorin à Chartres. Mireille rejoint bientôt l’affaire. Le couple a dessiné de nombreux vitraux contemporains pour des églises partout en France (la chapelle d’Ermont dans le Val d’Oise, l’église de Jambville dans les Yvelines…) Ils sont sollicités pour celle de Goussainville. Ils imaginent une série d’étroites baies verticales reprenant des versets du Nouveau Testament pour scander les murs le long de la nef. Sur le pignon de l’entrée et du chœur, comme pour le grand vitrail du toit, ils choisissent des motifs non figuratifs, inspirants et propices à la réflexion.

interieur vitraux avec filets protection

Vue intérieure du vitrail. Un filet de protection empêche la chute des éléments à l’intérieur de l’église. (CDC)

Préserver le patrimoine du XXe siècle

Érigée en 1955 pour remplacer une chapelle de bois, l’église Saint-Michel de Goussainville se repère par son architecture particulière : deux pans de toits pentus, du granit bleu de Huelgoat et une tour clocher non intégrée à l’édifice. L’architecte Roger Nédonchelle choisit un plan simple, une seule nef de six travées. Il réutilise probablement la forme d’une église qu’il vient d’ériger dans les Hauts-de-France, en 1952 : Saint-Pierre-Saint-Paul du Portel près d’Outreau. (Celle-ci est ornée de vitraux réalisés par Gabriel Loire, des Ateliers Loire). L’architecte parisien est aussi l’auteur de l’église Saint-Pierre d’Equihen-Plage. L’église Saint-Michel a reçu le label Patrimoine du XXe siècle en 1999.

chœur après

Vue intérieure de la nef de l’église Saint-Michel de Goussainville en 2014. (CDC)

Alors que la commune de Goussainville se développe au milieu des années 1950/60, elle doit aussi se décentrer. Située dans l’axe des pistes d’atterrissage de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le bruit est devenu trop important dans la partie ancienne de la commune. C’est dans ce secteur – le Vieux Pays- que se trouve l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, très peu utilisée aujourd’hui. Une nouvelle mairie, des habitations et équipements sont bâtis un peu plus loin. L’église Saint-Michel rassemble donc les fidèles de cette grosse commune du Val d’Oise, près de 30 000 habitants recensés en 2019.

Une paroisse dynamique et solidaire

« Nous avons installé depuis juin 2021 une chapelle d’adoration perpétuelle dans des locaux de l’église, indique l’abbé Armnius. Celle-ci est fréquentée tous les jours et quasiment toutes les nuits.»  Dans cette paroisse dynamique et multiculturelle, les deux messes dominicales rassemblent près de 400 personnes au total. « Nous avions ajouté une célébration le dimanche pour accueillir tout le monde en respectant les règles d’espacement, on ne pourrait plus supprimer cette messe aujourd’hui » précise le curé.

détail vitrail st michel

Détail d’un vitrail sur un bas côté de l’église. (DM/CDC)

La crise sanitaire a aussi révélé la forte solidarité des paroissiens. Déjà mobilisés deux jours par semaine pour une soupe populaire distribuée à des personnes en grande difficulté et isolées, ils organisent depuis quelques mois une distribution alimentaire et de vêtements pour des familles précaires. « Nous récupérons des invendus auprès des grandes surfaces, il y a un réel besoin car ici à Goussainville, il y a beaucoup d’hôtels sociaux. »

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