
Anne Dillinger, présidente des Trésors de Paris (©CDC)
Passeur de patrimoine, Anne fait partie de la vingtaine de guides-conférenciers bénévoles des Trésors de Paris qu’elle préside.
Objectif : ouvrir les enfants et les jeunes à l’intelligence du patrimoine chrétien
en animant des visites dans les églises.

Anne Dillinger, présidente des Trésors de Paris (©CDC)
Pour moi il y a deux églises. Celle avec une minuscule, l’édifice, témoin d’une période historique, de l’art d’une époque ou d’une culture qui l’a bâtie. C’est surtout le lieu où s’enracine une foi vivante et c’est là, l’Eglise avec un grand E, où l’âme est appelée à la prière. Une église est un lieu chargé de grâce, c’est là où Dieu parle. Ce Dieu invisible qui vient dans le monde des humains et dont la présence est enfouie et révélée dans le bâtiment église. Les pierres nous parlent, il y a des messages révélés dans une église et on peut les déchiffrer. Les Trésors de Paris s’attachent à faire prendre conscience aux enfants que sa construction, son architecture ne sont pas le fruit du hasard, tout a un sens, une spécificité. Son orientation, sa disposition : le baptistère à l’entrée, le chœur… Tout y est relié à la foi et tout s’explique.
Je citerais bien la cathédrale Saint-Etienne de Metz, ma ville natale, majestueux édifice, couleur jaune ocre en pierre de Jaumont… Mais ce n’est pas « mon église ». Mon église, celle de mon enfance, ma paroisse, c’est Sainte-Thérèse à Metz où j’ai reçu le baptême, fait ma communion, avec la kermesse annuelle, le catéchisme… Là où j’ai vraiment plaisir à retourner. J’y ressens du réconfort, retrouvant des visages, des sourires et … de nouvelles générations. Il y a quelque chose de joyeux, une continuité rassurante. Elle me tient à cœur aussi car c’est une grande malade : elle est en mauvais état ! Premières pierres en 1938 et la guerre interrompt le chantier qui sera achevé en 1954. Cette construction en béton armé souffre, notamment ses vitraux, non pas enchâssés dans le plomb, mais dans le béton qui s’effrite. Les plaies de certains édifices parisiens me font penser à mon église d’enfance. De là, la nécessité impérieuse de protéger pour perpétuer ces lieux d’histoire, de mémoire, de beauté et de foi.
Une église ancrée et adaptée à son environnement et dans laquelle il fera bon être pèlerin. Pas seulement une église qu’il « faut voir », mais une église qu’on pénètre vraiment et qui pénètre l’âme. Elle serait lumineuse caressée par les jeux du soleil, mais elle serait aussi discrète et humble, car nous n’avons pas tous la même manière d’être avec Dieu. Elle devra répondre à la sensibilité de chacun. Une église universelle ! Ce serait un bâtiment vivant qu’on embellirait au fil des années. Il en va ainsi dans de nombreuses églises mettant en valeur tous leurs trésors autour d’œuvres d’art contemporaines.
Le beau se prolonge au sein de nos églises, au fil des générations. C’est ce que je dis aux plus jeunes : « Osez pousser la porte d’une église, vous serez éblouis ou touchés. »
️️« Je rêve d’une église qui laisse une place au mystère » – Interview exclusive d’Augustin Frison-Roche