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« Chaque restauration est une découverte » – Camille Devilliers, restauratrice du patrimoine

Au cœur de son atelier parisien, Camille Devilliers raconte le chantier

de la restauration du chemin de croix, qui a été réaccroché

dans l’église Saint-Gabriel à Paris (75020), la semaine de Pâques 2026.

Première étape : après application du solvant écologique, il faut procéder au décollage de la couche de repeint couvrant l’oeuvre.

 

Choisie par la Commission d’art sacré du Diocèse de Paris pour ce chantier, Camille Devilliers a achevé la restauration des quatorze stations du chemin de croix, réalisées dans les années 30.
« Ce projet de Saint-Gabriel était important, quasiment toutes les stations ont été recouvertes d’une peinture de mise au propre donnant un aspect « plastique » et les détails étaient très empâtés. »
Il fallait retirer de dernier repeint, redécouvrir la mise en couleur originale et rendre leur finesse aux reliefs. « J’ai proposé de commencer par une étude de trois stations dont celle qui avait été repeinte en couleurs, pour voir où on allait et ce qu’on pourrait trouver dessous.« 

Découvrir les dessous d'une oeuvre

La restauratrice a enlevé la couche de peinture blanche dans des zones localisées afin d’observer l’état de la surface du plâtre en-dessous. « Il y avait par endroits une couche jaune-orangée sur le plâtre, alors que celui-ci est blanc au sortir du moule. En regardant au revers, j’ai émis l’hypothèse que les plâtres avaient été sortis d’un moule enduits d’un agent démoulant, qui aurait teinté le plâtre. On observe ensuite une couche d’homogénéisation de couleur beige crème, très fine, très belle, et bien posée. Selon moi, c’était la couche originale. »

Avec le temps, les églises s’encrassent beaucoup. L’hypothèse est que ce chemin de croix étant devenu sale, il a été décidé de le repeindre en blanc. « Une peinture blanche à l’époque, elle est devenue grise et terne avec le temps ! » Cette étude a permis de déterminer le temps à passer et d’estimer le coût réel de l’opération.

Surprise et questions

Camille Devilliers a proposé à trois autres collègues, Claire Brière, Alme Hueber et Lucie Courtiade, de travailler en équipe, dans son atelier. « Nous sommes toutes diplômées, avec le même niveau d’étude, j’aime bien travailler à plusieurs, on peut échanger nos points de vue et c’est motivant. » En restaurant ces œuvres, Camille et ses collègues ont eu quelques surprises.

« J’ai découvert que la première station avait été brisée en plusieurs morceaux et remontée avec du plâtre, aujourd’hui visible au revers. Au dos de chaque station, on voit les cadres en bois et de la filasse, pour maintenir la plaque de plâtre. Une mauvaise surprise sur la seconde station : sous la couche de peinture blanche, il y avait une tâche rouge sur un visage. J’ai fait une retouche couvrante. Le plâtre est quand même une matière facile à travailler, même si elle est cassante, sensible aux rayures et absorbe beaucoup l’humidité. 

Une autre station avait vraisemblablement été posée au-dessus d’un radiateur. La couche de peinture noircie et cuite partait en fragments, comme des chips.

Sous la tranche inférieure d’autres stations, on voit des tâches de brûlures et de micro-craquelures, sans doute placées au-dessus de cierges. Cela a chauffé le plâtre et la peinture a souffert aussi. Sur les tranches de certaines stations, on voit des traces de coups de scie. Y avait-il des cadres en bois autour ? Je ne sais pas. »

Après l’enlèvement de la couche de peinture qui recouvre chaque station, il s’agit de procéder aux retouches d’harmonisation. ©DR

Un chantier délicat

« Le travail devant durer 50 jours, j’ai choisi un gel décapant écologique, moins toxique et qui agit tout aussi bien. On pose le gel, on attend vingt minutes, avant de retirer très délicatement la couche de peinture blanche ramollie, avec des outils très fins, pour ne pas abîmer le plâtre en dessous, qui est notamment sensible aux rayures. Un travail minutieux et délicat. »

Ensuite, la restauratrice a procédé aux retouches d’harmonisation. Dans ce cas, il ne s’agit pas de repeindre : « J’ai travaillé avec de l’aquarelle et des pigments naturels liés dans un éther de cellulose. C’est très léger, très mat et ça permet d’harmoniser l’aspect esthétique des surfaces. » Si l’on regarde en détail, on voit la finesse des petites épines de la couronne du Christ. On retrouve aussi la délicatesse des mains, les détails dans les cheveux et les barbes.

Des indices, des questions

Comment a été réalisé le relief des stations ?
Cela a été sculpté ou bien moulé ?

« Caroline Morizot (Commission Diocèsaine d’Art Sacré du Diocèse de Paris) m’a dit que Gilbert Privat avait aussi réalisé le chemin de croix de la basilique Notre-Dame de Fin des Terres à Soulac (33) et j’ai trouvé des photos de ce chemin de croix qui est similaire. Sur les photos, je n’arrive pas à voir si c’est du plâtre ou de la pierre. Ainsi, je me demande si celui de l’église Saint-Gabriel n’a pas été moulé sur celui de Soulac ou alors s’il avait fait un deuxième tirage dès l’origine. Il y aurait une piste à explorer. Il existe toujours une part de secret dans les œuvres« 

Retour dans l'église

Les quatorze stations ont été réaccrochées à l’intérieur de l’église dans la semaine suivant Pâques, répondant à l’impatience des paroissiens de Saint-Gabriel ! « Il y a toujours une part d’inconnu dans une restauration. On travaille en partant de ce que l’on a et on essaie de deviner, on émet des hypothèses qu’on tente de vérifier. Sur ce projet, le travail de restauration a permis de gagner en finesse, en harmonisation, en beauté. D’autant que l’église ayant été restaurée, cela va s’intégrer parfaitement. C’est une joie de voir ainsi les œuvres restaurées dans leur beauté et leur harmonie. »

Le chemin de croix restauré a été réaccroché dans l’église, ainsi que  les numéros des stations nettoyés.

Le mot du curé de Saint-Gabriel

Depuis plusieurs années, il a suivi tous les travaux de son église avec rigueur, confiance et attention. Le chemin de Croix enfin réaccroché, il adresse ce message de remerciements à nos lecteurs.

« Les paroissiens sont très heureux de retrouver leur chemin de Croix. Ils auraient aimé qu’il revienne avant Pâques pour illustrer le chemin de Croix du temps de Carême.
Il est arrivé juste après la Résurrection. La restauration est très bien faite, ainsi que les petits panneaux de bois indiquant le numéro de chaque station. Les deux stations que je préfère sont Jésus et Simon de Cyrène et la Pietà, Jésus sur les genoux de Marie. Un très grand merci aux généreux donateurs qui ont permis de rendre ce chemin de Croix plus beau et plus émouvant. Il s’inscrit très bien avec les nouvelles couleurs de l’église. Dévotion, piété populaire et beauté se marient ensemble. 

Que le chemin de Jésus nous invite à faire fructifier notre foi. Que les moments douloureux de nos vies soient plus légers à vivre grâce au chemin de croix qui ne doit pas être réservé aux seuls vendredis de Carême. Dans la paix du Christ ! « 
Père Christian Malrieu

Galerie photos - Accrochage du chemin de croix

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