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Sur le chantier du mobilier liturgique de Saint-Pierre Saint-Paul à Montreuil (93)

Visite-découverte de l’installation du mobilier liturgique par Bruno de Maistre et son équipe en charge de l’embellissement du chœur de l’église qui date du XIIIème siècle.

Un projet de création d’art sacré soutenu par les Chantiers du Cardinal.

Le chantier du mobilier liturgique (©CDC)

Rappelons que, depuis la loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905, les églises bâties avant 1905 appartiennent aux communes qui en ont la charge. Cependant, le mobilier liturgique et l’art sacré à des fins de culte sont à la charge des Diocèses. C’est pourquoi les Chantiers du Cardinal soutiennent ce chantier, aux côtés du Diocèse de Saint-Denis en France.

Poussant la porte de l’église Saint-Pierre Saint-Paul, on plonge dans l’immense chantier de rénovation. Il y a des échafaudages à gauche et à droite, au fond de l’église, près du chœur. Sur un côté, les ouvriers municipaux fixent les lumières, la Maire adjointe de Montreuil est juste en dessous, elle parle avec le Père Dominique Pellet. Ce chantier est donc est donc mené par la Mairie, la paroisse, le Diocèse et les Chantiers du Cardinal ont pris aussi leur part pour le mobilier liturgique dont la conception, la création et l’installation ont été confiées aux Ateliers d’Arimathie, dirigés par Bruno de Maistre.

Visite guidée un soir de fin de chantier.

Un chantier en cours de finition

Nous sommes le 5 février 2025. La blancheur des pierres de l’église offre une luminosité qui contraste avec le temps maussade et gris à l’extérieur. Dans cette église en train de renaître, une petite équipe s’affaire dans le chœur. C’est là que nous retrouvons Bruno de Maistre en pleine conversation avec le père Dominique, curé de la paroisse. Les deux hommes prennent du recul sur la vision du chœur.  Il faut faire vite : depuis deux jours, l’équipe des ateliers BdM est à pied d’œuvre pour fixer et poser le mobilier liturgique (ambon, autel, croix et tabernacle, le pupitre et les sièges de l’autel.

Travail sur l’autel (©CDC)

« On termine ce soir, pas de temps à perdre. On reviendra peaufiner quelques détails avant le 28 mars, jour de l’inauguration. Il y a encore pas mal de choses qui seront faites sur les murs, mais pour le chœur tout sera terminé » précise l’ébéniste d’art. Ce dernier est venu de Rambouillet avec son équipe : deux ébénistes, Mateo et François sont partie prenante dans ce projet, Louis-Marie et Tom les apprentis, ainsi que Laure de Maistre, son épouse de Bruno, qui s’occupe de la gestion et de la communication.

Observer, écouter, imaginer et créer

Mateo est derrière la croix, François fixe le tabernacle, à l’intérieur de l’autel, Bruno fixe les leds qui donneront à cet endroit sacré de l’éclat intérieur avec les voûtes en ogive en sycomore blanc et le verre bleu thermoformé (le principe : sculpter la forme souhaitée dans le plâtre qui servira de moule, dans lequel le verre, en fondant, prendra la forme du moule). L’ancien publicitaire qu’est Bruno de Maistre est resté créatif et ouvert. Tout chez lui est basé sur l’échange et les idées fusent, avec toujours cette idée directrice de sublimer la matière.

Les apprentis de Bruno (©CDC)

Tout est pensé pour exprimer harmonie et lumière. Le Père Dominique est discret mais il a le sourire, il ne tarde pas à confier sa joie de voir l’équipe des ateliers BdM peaufiner ce travail d’art sacré : « On les a découverts il y a trois ans, on a été impressionnés par l’écoute, par le travail d’inspiration qui les guide. Ce qui est aussi très beau à voir, ce sont ces jeunes à qui il transmet un savoir-faire, toute une façon de travailler dans le respect de ceux qui portent le projet. Il y a un sens du sacré, de la transcendance, qui est très beau, c’est une chance pour notre projet d’avoir trouvé une équipe comme celle-là !»

De belles matières vivantes

Le choix des matières pour le mobilier liturgique est symbolique :  le chêne vient de Touraine, le sycomore blanc (bois d’érable blanc appelé sycomore. C’est un bois très apprécié des artisans et utilisé en menuiserie fine) vient de Bourgogne. C’est le terroir Français. Choix voulu par l’artiste qui l’explique : « C’est le bois qui vient de France, c’est l’Eglise incarnée en France. C’est la partie terrestre qui est support à tout ce qui est divin »
Et Bruno de Maistre de poursuivre :  « Les couleurs de l’eau et de l’or ensemble, créent une dynamique montante. Chacun le lit et l’interprète comme il veut. On peut voir dans cette réalisation le fait de se tourner vers le Seigneur. C’est à la fois Lui qui descend vers nous et nous qui essayons de nous élever vers Lui. »
Pour mémoire, Bruno de Maistre réalise de mobilier liturgique de l’oratoire Carlo Acutis , paroisse de Notre-Dame de Boulogne Billancourt (92), dont le futur vitrail symbolisera « l’eucharistie, l’autoroute vers le Ciel » dont parlait le jeune Saint.

Transmetteur de savoir

Cette inspiration, Bruno de Maistre la transmet aussi à Matéo Lepere. Ce jeune homme de 21 ans est passé par les Compagnons du Devoir dans son cursus de formation. Il a un bel avenir devant lui avec une passion qu’il cultive : « Le bois est une vraie passion, j’ai eu la chance de le découvrir à 13 ans, fasciné par son toucher. Depuis ça m’attire, c’est chaleureux, unique, c’est une matière que j’aime vraiment travailler avec mon ciseau à bois ou ma gouge. » Dans ce chantier la pièce qu’il a préféré réaliser c’est la croix. « Dans sa technicité, dans ses lignes, c’est épuré et c’est quelque chose qu’on ne réalise pas tous les jours. Tous les éléments sont segmentés et il y a eu beaucoup d’essais, de tentatives. »

Artisans et artistes au service du Sacré

Sur cette croix, le rouge est matérialisé par de l’émail, du verre fondu sur un autre verre qui rappelle le sang du Christ, les cinq plaies. Les clous, la couronne d’épines ont été thermoformés. Le principe est de faire un dessin dans le plâtre qui servira de moule. L’équipe de BdM vient de poser à la feuille d’or la dorure des clous et de la couronne. Il y aussi des reliques de la Sainte Croix et de la Couronne d’épine à l’arrière de la croix qui prendra sa place à gauche du chœur. Matéo a les yeux qui brillent lorsqu’il évoque ce projet. Les mains du jeune artiste, le coup d’œil, la précision, et deux semaines de travail feront le reste.  

« C’est un plaisir, une satisfaction de voir notre projet achevé et d’admirer ce qu’on a pu réaliser au sein de notre atelier, c’est un accomplissement, quelque chose de positif, » commente Matéo. « Travailler avec Bruno m’apporte beaucoup, mais j’espère voler un jour de mes propres ailes, je n’ai que 21 ans, c’est encore tôt, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre, tous les jours.»

Les secrets de l’autel, le halo du tabernacle

Clin d’œil surprenant, le Père Dominique prend la photo d’un homme à l’intérieur de l’autel, sa tête sort de la structure, c’est Bruno de Maistre qui termine les branchements des leds, image surprenante mais combien forte de l’implication de l’artiste au cœur de son travail. Dans l’autel, il y aura des reliques de Saint-Pierre et Saint-Paul qui seront placées lors de la consécration par Monseigneur Etienne Guillet, évêque du diocèse de Saint-Denis.

En pleine action (©CDC)

Quelques minutes plus tard Matéo, François et Bruno de Maistre soulèvent à trois les 150 kilos de la pierre de Bourgogne pour la sceller au millimètre près sur l’autel. Moment assez périlleux, mais aussi sacré : « Cette pierre, partie terrestre qui est support à tout ce qui est divin, ça c’est le côté blanc avec la pierre très claire. »

Pose de la pierre de l’autel (©CDC)

Derrière à droite, au fond du chœur se tient le tabernacle. François, l’autre ébéniste, nous montre le système d’éclairage incroyable : à l’intérieur de la structure, une lumière rouge sera projetée vers le bas. Ce halo éclairera les quatre pieds du tabernacle, en écho avec le reste du mobilier.

Merci aux Chantiers du Cardinal

L’installation du mobilier liturgique est terminé. Il n’y a plus qu’à attendre le 28 mars pour la consécration de l’église par Mgr Etienne Guillet. Le trio d’artistes pose fièrement derrière l’autel.

Résultat final (©CDC)

Le Père Dominique est confiant et satisfait. « On a voulu quelque chose de beau, dès que la porte s’ouvre, le beau élève vers le Ciel, c‘est l’harmonie du ciel et de la terre, on retrouve cela dans l’aménagement qu’on a choisi. Je me réjouis de pouvoir offrir un beau lieu de célébration pour les paroissiens et pour les Montreuillois.»

A noter que ce chantier est aussi soutenu par la Mairie (église construite avant 1905) et la Région : en effet l’église est classée Monument historique depuis 1913 et bénéficie de ce fait d’aides de la DRAC.

Le Père Dominique tient à conclure son propos avec un dernier merci plus particulier, au bout de cette heure passée avec lui dans son église Saint-Pierre Saint-Paul. « Merci aux Chantiers du Cardinal, à toute leur œuvre dans toutes les églises de notre diocèse. On est aussi heureux car ce n’est pas simplement du bâtiment ou des toits qui fuient, ce domaine où les Chantiers du Cardinal agissent beaucoup. Mais pour la liturgie, pour la célébration, pour la foi, on a bénéficié de toute cette aide que les Chantiers apportent également à l’art sacré. »

Quelques coups de marteaux résonnent encore dans l’église, un bruit de perceuse. Les ouvriers de la mairie continuent leur tâche. Les artistes de Bruno de Maistre, eux, ont fini le leur. Grâce au travail de chacun, tout ne sera bientôt qu’harmonie dans cette église embellie.

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