Les neuf églises classées des Chantiers du Cardinal

En bâtissant plus de 300 églises en Île-de-France, les Chantiers du Cardinal contribuent à la préservation du patrimoine religieux. Et certains édifices se distinguent, avec trois églises classées et six inscrites à l’Inventaire  supplémentaire des Monuments historiques.

Église Sainte-Agnès de Maisons-Alfort (94)

Fernand Moureaux, propriétaire de la marque d’apéritif Suze, finance largement la construction de cette église, adossée d’ailleurs à côté de son usine. Le clocher reprend la forme et la couleur de la célèbre bouteille d’alcool. Et l’un des vitraux montre les membres du conseil d’administration de l’entreprise remettre aux côtés du chanoine de l’époque, la maquette de l’église au cardinal Jean Verdier, fondateur des Chantiers du Cardinal.

Eglise Sainte-Agnès à Maisons-Alfort (Crédit GF/CDC)

Église Sainte-Agnès à Maisons-Alfort (Crédit GF/CDC)

Les architectes Marc Brillaud Laujaudiere et Raymond Puthomme érigent en 1933 un édifice en béton armé, assez sobre, orné en son porche d’une statue de sainte Agnès. À l’intérieur, une grande place est laissée aux vitraux en partie haute. Réalisés par Max Ingrand, ils racontent de nombreuses scènes de l’Église, les vies de la Vierge et de sainte Agnès. Les fresques intérieures sont réalisées par Paule Rouquié (épouse Ingrand). Les deux artistes sont représentés dans l’un des vitraux, Paule prêtant ses traits à sainte Agnès et son agneau, symbole de son martyr.

Notre-Dame-des-Missions à Épinay-sur-Seine (93)

Un porche de style asiatique, un clocher qui ressemble à un minaret… cette église conserve un style architectural inclassable depuis sa création par Paul Tournon, en 1931, pour l’Exposition Coloniale à Vincennes. Il s’agissait à l’époque de montrer l’esprit missionnaire des religieux partis évangéliser le monde.

Façade de l'église Notre-Dame-des-Missions à Epinay (Crédit GF/CDC)

Façade de l’église Notre-Dame-des-Missions à Epinay (Crédit GF/CDC)

À l’intérieur, les vitraux tout comme les peintures sont réalisés par les Ateliers d’art sacré, fondés par Maurice Denis et Georges Desvallières. Les grandes toiles peintes (par de nombreux artistes des Ateliers d’art sacré) racontent l’histoire de ces religieux et des croyants du bout du monde, de Ceylan au Canada en passant par l’Indochine, les pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Sur la façade, une rosace en verre imaginée par Marguerite Huré. L’artiste invente pour cela un nouveau procédé « la brique Huré ». Alors que l’église devait être démontée après l’Exposition coloniale, le cardinal Verdier propose au maréchal Lyautey, directeur de l’Exposition, de l’installer sur un terrain à Épinay en 1933. La structure en bois est toutefois remplacée par du béton armé pour plus de solidité. L’église est classée au titre des Monuments historiques depuis 1994.

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Église du Saint-Esprit à Paris

S’inspirant de l’église Sainte-Sophie à Constantinople (aujourd’hui une mosquée à Instanbul) en Turquie, l’architecte Paul Tournon ( Prix de Rome),  érige en 1932 une église en béton armé, recouverte de briques rouges. Faute de financement, le clocher n’est érigé qu’en 1964.

Intérieur de l'église du Saint-Esprit à Paris (GF/CDC)

Le choeur de l’église du Saint-Esprit à Paris est réalisé par Maurice Denis. (GF/CDC)

Sa large coupole  – 22 mètres de diamètre à plus de 30 mètres du sol – abrite un programme iconographique très riche. Près de 70 artistes sont sollicités par Paul Tournon pour travailler sur cette église parisienne. Nicolas Untersteller et son épouse Hélène Delaroche réalisent les fresques du narthex, tandis que Georges Desvallières façonne le chemin de croix. Les vitraux, œuvres de Louis Barillet et Paul Louzier, racontent l’histoire de l’Église. Maurice Denis et ses élèves prennent en charge la fresque du chœur, une gigantesque Pentecôte qui apparaît derrière le maître-autel. L’église est classée au titre des Monuments historiques en 2016.

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Saint-Jean-Bosco (Paris 20e)

Le 10 décembre 1933, Mgr Jean Verdier bénit la première pierre de l’église Saint-Jean-Bosco, soixantième réalisation des Chantiers du Cardinal. Après la couverture de la nef, les fonds viennent rapidement à manquer, le bâtiment est laissé inachevé pendant dix-huit mois. Saint Jean Bosco est canonisé en 1934 par le pape Pie XI. L’événement donne un nouvel élan au chantier : de nombreux dons affluent et permettent d’achever l’église le 10 octobre 1937. Le décor est, quant à lui, achevé sous l’Occupation.

Eglise Saint-Jean-Bosco à Paris (Crédit CC Mbzt)

Église Saint-Jean-Bosco à Paris (Crédit CC Mbzt)

Ce sont deux architectes, Demetrius (Dimitri) Rotter et son fils René, qui réalisent les plans et édifient le monument. Ils s’inspirent de Notre-Dame du Raincy, église construite par Auguste Perret en 1922-1923 et célèbre en raison de l’utilisation innovante du béton armé.

L’architecture s’inspire fortement de celle de Notre-Dame du Raincy (GF/CDC)

Avec un clocher s’élevant à 52 mètres de haut, l’église repose sur 51 poteaux de béton armé situés à dix mètres de profondeur dans le sol argileux. Par ailleurs, le décor intérieur de l’église est soigné et audacieux. Il se compose d’un décor peint surmonté d’une bande vitrée permettant de l’éclairer. Notons la présence d’une chaire à prêcher dessinée par les maîtres-verriers Mauméjan et typique de leur art. Elle se compose de pierres mêlées de nacre et présente un intérêt particulier puisque mosaïques et béton s’entremêlent gracieusement. Les effets de lumière, de chatoiement ou de transparence varient en fonction de la position du spectateur et du soleil, une véritable prouesse, témoignage du savoir-faire des ateliers Mauméjan frères. Le cardinal Verdier est représenté dans l’une des chapelles. Cette prouesse architecturale -ajoutée à la qualité du décor intérieur- justifie le classement de l’église sur la liste des Monuments historiques en 2001.

Notre-Dame du Calvaire à Châtillon (92)

Ni l’architecte – Paul Flandrin – ni le peintre chargé du décor intérieur – Jean-Pierre Laurens – ne virent l’église totalement achevée de leur vivant. Le premier décède en 1936, trois ans après la pose de la première pierre. Le second a eu juste le temps de dessiner de nombreuses esquisses et de tracer les grandes lignes du fabuleux programme iconographique abrité dans cette église de briques rouges.

Choeur de l'église Notre-Dame du calvaire à Châtillon (92) (Crédit GF/CDC)

Choeur de l’église Notre-Dame du calvaire à Châtillon (92) (Crédit GF/CDC)

Le peintre Jean-Pierre Laurens décède en 1932, et c’est alors son épouse, Yvonne Dieterle – elle-même peintre –  qui dirige ses élèves jusqu’en 1942 pour terminer le programme prévu. Des fresques recouvrent quasiment toute l’église : de la Création au Couronnement de la Vierge, elles sont toutes remarquables par leur unité de conception et de réalisation. C’est ce qui justifie l’inscription de l’église à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2004. Le cardinal Verdier, qui avait lancé le chantier, est représenté dans le chœur, il est l’un des saints aux côtés du couronnement de la Vierge. L’artiste lui a donné les traits de saint Lin, évêque de Rome après avoir secondé saint Pierre.

Sainte-Odile à Paris (17e)

L’église des Alsaciens de Paris est un chantier in partibus pour le cardinal Verdier et les Chantiers du Cardinal : les fonds pour sa construction ont entièrement été versés par les paroissiens. L’œuvre fondée par Mgr Verdier a en revanche apporté un fort soutien moral pour son édification. Commencé en 1936, le chantier s’achève en 1946 et doit beaucoup à Mgr Edmond Loutil, chroniqueur à La Croix sous le pseudonyme de Pierre Lermite.

Le retable de Robert Barriot, la plus grande pièce en émail au monde.

Le retable de Robert Barriot, dans l’église Sainte-Odile à Paris. (Crédit CDC)

Bâtie sur une structure de béton armé, l’église est recouverte le grès rose de Saverne – le même que pour la cathédrale de Strasbourg. Son clocher, 72 mètres, est l’un des plus hauts de Paris et trois larges coupoles rappellent le style byzantin. L’architecte Jacques Barge a su tirer profit d’une parcelle étroite bordé d’un côté par un jardin et de l’autre par des immeubles. Sainte-Odile est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2001.

[VOIR] Au détour de nos églises: Sainte-Odile à Paris

De nombreux artistes sont sollicités pour donner à cette église un cachet incomparable. Ainsi Anne-Marie Roux-Colas réalise le portail extérieur ainsi que le tympan intérieur. Les grilles du porche sont ornées de cabochons en verres signés Auguste Labouret également auteur de l’autel. À l’intérieur, les trois grandes verrières sont signées François Décorchemont. Dans le chœur, Robert Barriot réalise un immense retable sur le thème de l’Apocalypse de saint Jean. Pour achever son œuvre, l’artiste est logé avec sa famille, dans le clocher de l’église, le four est installé dans la crypte. Enfin le Christ en croix tout comme le tabernacle et les chandeliers sont conçus par le joailler Charles Mellerio.

[LIRE] Sainte-Odile, l’œuvre de Pierre Lermite

Sacré-Cœur de Gentilly (94)

Pour cette église destinée aux étudiants, Pierre Paquet imagine un édifice sur plan en croix latine, en béton armé recouvert de plaques de calcaire de Saint-Maximin. Le chantier est largement financé par l’industriel Pierre Lebaudy et son épouse Marguerite. Les deux bienfaiteurs sont d’ailleurs représentés avec leurs saints patrons sur la façade, véritable bible de pierres. Située à proximité immédiate de la cité universitaire – son caractère laïc interdisait la construction d’un lieu de culte dans son enceinte – elle est destinée aux étudiants catholiques. Après la mort de Pierre Lebaudy, Marguerite achèvera son œuvre et accueille Mgr Verdier en 1936 pour sa consécration.

Sacré-Coeur de Gentilly (Crédit GF/CDC)

Sacré-Coeur de Gentilly (Crédit GF/CDC)

L’église est délaissée dès les années 1960 par les étudiants qui ne peuvent plus s’y rendre facilement : la création du boulevard périphérique sépare en effet l’église de la cité universitaire. Il faut attendre les années 1979 pour qu’elle soit affectée à la communauté portugaise. Elle est inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2000.

Le sculpteur Georges Saupique est chargé de la réalisation des quatre anges qui ornent le clocher monumental, toujours visible depuis l’autoroute A6. À l’interieur le maitre-verrier Jacques Grüber, auteur de la verrière des Galeries Lafayettes à Paris, réalise les vitraux. Le peintre mexicain Ángel Zárraga conçoit pour cette église un chemin de croix peint directement sur le mur à la chaux.

SACRE COEUR de Gentilly

Les anges de l’église du Sacré-Cœur de Gentilly construit par les Chantiers du Cardinal en 1936 (CDAS Diocèse de Créteil)

Saint-Jacques le Majeur (Montrouge)

Bâtie entre 1934 et 1940 par l’architecte Eric Bagge, Saint-Jacques remplace une petite église du XIXe devenue trop petite. Pour la nouvelle construction, l’architecte choisit le béton armé, s’inspirant directement de Notre-Dame-du-Raincy. L’édifice majestueux, de forme carrée, mesure 57 mètres de long et 20 mètres de large mais n’a pas de clocher, la Deuxième guerre mondiale ayant interrompu les travaux.

Vue de l’église Saint-Jacques à Montrouge. (GF/CDC)

C’est après 1945 seulement que le programme de décor intérieur est lancé sous l’impulsion de Robert Rey, secrétaire aux Beaux Arts. Il commande aux ateliers Montparnasse de la ville de Paris une fresque illustrant la vie de saint Jacques. Un collectif d’artistes dirigé par Robert Lesbounit et André Auclair travaillent sur ce chantier durant deux ans. Au total, une quinzaine d’artistes (Jean Leduc, Ipoustéguy, Raymond Sutter…) réalisent les fresques sur les chapelles, les vitraux…

Eglise Saint-Jacques à Montrouge (Crédit GF/CDC)

Eglise Saint-Jacques à Montrouge (Crédit GF/CDC)

Il faut attendre 1981 pour que la façade soit ornée d’un décor en pâte de verre et céramique. Il est l’œuvre de Henri-Clément Martin. L’église est inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2006. Restaurée en 2013, elle rouvre trois ans plus tard, la paroisse ayant aussi chargé le sculpteur Jean-Jacques Bris de la création d’un nouveau mobilier liturgique.

Notre-Dame-des-Pauvres (Issy-les-Moulineaux)

Puisqu’il fallait remplacer la chapelle Notre-Dame de la Plaine, détruite en 1942 par des bombardements, l’abbé Pailloncy, aumonier de la troupe de scouts d’Issy, fait appel au jeune architecte (et chef scout) Jean-Blaise Lombart. Lequel s’associe à Henri Duverdier pour présenter en 1954 une maquette au salon d’Art sacré. La construction commence en 1954, le cardinal Maurice Feltin consacre l’église un an après.

Notre-Dame-des-Pauvres à Issy-les-Moulineaux (Crédit GF/CDC)

Notre-Dame-des-Pauvres à Issy-les-Moulineaux (Crédit GF/CDC)

L’église au plan trapézoïdal a une forme simple, recouverte d’un voile de béton qui se relève vers le choeur. Les murs en pierre de Vautreuil (ocre et bleu) seront assortis à la couleur des vitraux. C’est le peintre Léon Zack, ami du père de Jean-Blaise Lombard, qui est sollicité pour cette église. Avec l’aide du maître-verrier Henri Déchanet, il produit des verrières non figuratives, un chemin de verre de près de 60 mètres. Léon Zack réalise également, avec sa fille, le chemin de croix gravé à même le mur. Notre-Dame-des-Pauvres est inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2007.

Intérieur de Notre-Dame-des-Pauvres à Issy-les-Moulineaux (Crédit GF/CDC)

Intérieur de Notre-Dame-des-Pauvres à Issy-les-Moulineaux (Crédit GF/CDC)

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