Il y a cent ans, Maurice Denis embellissait sa chapelle du Prieuré

Le 6 avril 1922, le curé de Saint-Germain-en-Laye (78) bénissait la chapelle Saint-Louis du domaine acheté en 1914 par Maurice Denis. L’artiste avait fait de cet ancien lieu de culte, datant de 1718, une synthèse de sa vie et de son œuvre de peintre et de vitrailliste.

Une chapelle restaurée et embellie dès 1922

Dès l’acquisition de cet ancien hôpital général (construit par la marquise de Montespan, désaffecté avant la Révolution, repris par les Jésuites en 1875), Maurice Denis restaure en premier la chapelle (aidé des architectes Adolphe Guyonnet et Auguste Perret) et se lance dans son embellissement en commençant par un chemin de croix puisé dans l’esprit de mort et d’espérance de la Première Guerre mondiale. Les 14 stations en demi-lune sont enchâssées dans une boiserie grise qui court sur toute la nef créant ainsi un premier niveau artistique à vue d’homme. C’est l’érection de cette œuvre inspirée qui a servi d’excellente occasion pour l’inauguration de cette chapelle rendue ainsi au culte catholique par la volonté de Maurice Denis pour les Rameaux 1922.

[LIRE] Maurice Denis, un art sacré

Chapelle du Prieuré de Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye (78) (CDC)

Aussitôt, les premières messes y sont célébrées dont celle pour le mariage de sa fille Anne-Marie avec Marcel Poncet, peintre-verrier. La légende familiale, rapporte Fabienne Stahl, docteure en histoire de l’art et attachée de conservation du patrimoine au musée départemental Maurice-Denis, dit que l’artiste n’a autorisé la cérémonie qu’après la réception des vitraux du futur gendre…

En variant les techniques et les formes, Maurice Denis réalise un décor qui accroche l’œil du visiteur. (CDC)

Une vraie bande dessinée

Revenons à Maurice Denis qui a encore à sa disposition des volumes et des murs pouvant être décorés d’autres œuvres grâce à l’enlèvement d’un plancher qui coupait la chapelle dans toute sa largeur. Il a alors varié les techniques et les formes, au point d’en faire une sorte de bande dessinée qui accroche le regard des plus jeunes visiteurs. Qu’on en juge : deux fresques de résurrection, des médaillons sur quatre saints de France, d’autres sur les évangélistes, d’autres encore sur la vie de saint Louis et un plafond (sur une idée de Paul Véra) au ciel nuageux et étoilé agrémenté d’un trio tricolore (bleu, blanc, rouge) des vertus théologales au nord faisant face à un médaillon en majesté du Sacré-Cœur… Il a été même un sacré précurseur car il a dessiné au milieu de tous les saints un certain père Charles de Foucauld, mort martyr en 1916 qui ne sera canonisé que dans quelques jours… le 15 mai 2022.

Détail d’un vitrail de la chapelle du Prieuré de Maurice Denis. (CDC)

Comme à Saint-Louis de Vincennes

Mais le summum reste la série de huit peintures murales en camaïeu sur les Béatitudes (les pauvres en esprit, les doux, les affligés, les affamés et assoiffés de la justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix et les persécutés pour la justice) car chacune a pour base le texte de l’évangile ce qui en rend la lecture directe. Cette œuvre aux pigments bleus est exécutée avec la même technique que la peinture de l’abside de Saint-Louis de Vincennes (94). Une campagne de restauration de ce décor est actuellement en cours, pilotée par l’architecte des Monuments Historiques Pierre-Antoine Gatier.

[VOIR] Le projet de restauration de l’église Saint-Louis à Vincennes

Pour sa chapelle, Maurice Denis imagine plusieurs niveaux de décor. (CDC)

Dans sa chapelle, pour réaliser la série de peintures murales, Maurice Denis a dressé des échafaudages de 1926 à 1929, ce qui donne la date de l’achèvement définitif de la chapelle du Prieuré. Le peintre a rendu hommage à Paul Sérusier, le maître des Nabis mort en 1927, représenté en roi David, ainsi qu’à sa nombreuse famille dans les vitraux et les fresques (son père notamment dans une scène du fils prodigue émouvante). Si l’artiste a rendu un immense hommage à sa défunte épouse Marthe dont il espérait tant la guérison durant sa longue maladie jusqu’à sa mort en 1919, il a aussi représenté sa nouvelle femme Elisabeth, épousée justement en 1922… il y a cent ans !

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